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Energies renouvelables et emploi

Energies renouvelables : un puissant levier d'emploi local

9 min Par La redaction

Les énergies renouvelables représentent plus de 166 000 emplois directs en France en 2024, avec une forte progression attendue. Panorama du secteur.

Les énergies renouvelables ne sont plus une promesse d’avenir : elles sont déjà, en 2026, un pilier majeur de l’économie française et un formidable pourvoyeur d’emplois. Selon l’Observatoire des énergies renouvelables (Observ’ER), le secteur compte plus de 166 000 emplois directs en France en 2024, et cette dynamique ne fait que s’accélérer. Entre les objectifs de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie, les financements du Plan France 2030 et les engagements européens du Green Deal, les besoins en compétences explosent dans l’éolien, le solaire, la biomasse, l’hydraulique, la géothermie et les pompes à chaleur.

Ce foisonnement n’est pas uniforme : certaines filières tirent la croissance (solaire photovoltaïque, éolien terrestre et en mer, pompes à chaleur) tandis que d’autres, plus matures, se stabilisent (hydroélectricité). Toutes ont en commun de générer des emplois ancrés dans les territoires, difficilement délocalisables, accessibles à des profils variés, du technicien d’installation à l’ingénieur concepteur en passant par le conducteur de travaux ou le chargé d’affaires.

Ce guide propose un panorama complet du secteur des énergies renouvelables et de son impact sur l’emploi. Il détaille les filières, les métiers en tension, les formations accessibles, les effets territoriaux et les freins qui subsistent. Il s’appuie sur les dernières données de l’Observ’ER, de l’ADEME, de l’OFATE (Office franco-allemand pour la transition énergétique) et de France Stratégie.

Les energies renouvelables en France : chiffres cles

En 2023, les énergies renouvelables ont couvert 22,2 % de la consommation finale brute d’énergie en France, selon les données du Service des Données et Études Statistiques (SDES) du ministère de la Transition écologique. Un chiffre historique, qui dépasse pour la première fois l’objectif européen fixé pour 2020 (23 %), mais reste en retrait par rapport à la moyenne de l’Union européenne (23,0 %).

Les ENR représentent aujourd’hui :

  • 22,2 % de la consommation finale brute d’énergie
  • 27 % de la production d’électricité en France
  • 30,5 % de la production de chaleur (biomasse, géothermie, pompes à chaleur)
  • 9,3 % de la consommation dans les transports (biocarburants, électricité renouvelable)

Côté emploi, le bilan publié par l’Observ’ER en 2024 recensait 166 490 emplois directs équivalents temps plein dans les filières ENR, en croissance de près de 8 % par rapport à l’année précédente. Les filières les plus pourvoyeuses sont :

  • Solaire photovoltaïque : 35 000 emplois directs
  • Éolien terrestre et en mer : 24 600 emplois directs
  • Pompes à chaleur : 26 000 emplois directs
  • Bois énergie (biomasse) : 30 000 emplois directs
  • Biocarburants : 17 000 emplois directs
  • Hydraulique : 12 000 emplois directs
  • Autres (géothermie, solaire thermique, biogaz) : 21 890 emplois directs

Au-delà des emplois directs, l’OIT évalue à 18 millions les emplois supplémentaires dans les ENR au niveau mondial d’ici 2030, et France Stratégie estime à 200 000 à 300 000 le nombre d’emplois nets créés en France dans le secteur à l’horizon 2030, si les objectifs de la PPE sont respectés.

Les filieres qui recrutent le plus : eolien, solaire, biomasse, hydraulique

Derrière ces chiffres globaux, chaque filière présente des dynamiques spécifiques qu’il convient de connaître pour orienter son projet professionnel.

Éolien terrestre et en mer — L’éolien est l’une des filières qui affiche la plus forte croissance. En 2024, la France comptait plus de 21 GW de capacité installée terrestre et commençait à déployer l’éolien offshore (Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Fécamp, Courseulles-sur-Mer). L’éolien en mer, en particulier, représente un gisement d’emplois considérable : construction des fondations, logistique portuaire, assemblage des turbines, installation en mer, maintenance. France Énergie Éolienne estime que la filière pourrait atteindre 60 000 emplois directs d’ici 2035.

Solaire photovoltaïque — Avec plus de 18 GW installés fin 2023 et un objectif de 100 GW d’ici 2035, la filière est en pleine accélération. Les métiers concernés vont du commercial à l’installateur en passant par le bureau d’études, le chef de projet et le technicien d’exploitation. Le marché résidentiel (autoconsommation, toitures, bâtiments tertiaires) est particulièrement dynamique, avec des opportunités pour les artisans électriciens et couvreurs.

Pompes à chaleur et géothermie — Portée par MaPrimeRénov’ et les aides à la transition énergétique du bâtiment, cette filière explose depuis 2021. Les installateurs RGE sont en tension partout en France, et les carnets de commandes sont remplis plusieurs mois à l’avance. Le secteur recrute massivement des plombiers-chauffagistes formés aux technologies thermodynamiques.

Bois énergie et biomasse — Filière historique, elle emploie près de 30 000 personnes dans la production, la transformation et la distribution de combustibles bois. Les réseaux de chaleur biomasse en particulier, soutenus par le Fonds Chaleur de l’ADEME, génèrent des emplois locaux durables.

Hydraulique — Secteur mature, il emploie environ 12 000 personnes et reste central dans le mix électrique français. Les opportunités concernent surtout la maintenance, la modernisation des ouvrages existants et le petit hydraulique.

Biogaz et méthanisation — En forte croissance, le secteur du biogaz compte déjà plus de 500 unités de méthanisation en France. Il offre des débouchés aux agriculteurs, ingénieurs process et techniciens de maintenance.

Ingenieur sur un site d'energies renouvelables

Les metiers techniques en tension

Parmi les métiers les plus recherchés dans les énergies renouvelables, certains figurent en tête des listes de Pôle Emploi et des branches professionnelles. Les tensions sont telles que certains recruteurs peinent à pourvoir leurs postes, malgré des rémunérations attractives.

Technicien de maintenance éolien — Profil technique polyvalent, souvent formé en maintenance industrielle ou électrotechnique, il intervient en hauteur sur les turbines. Les besoins sont estimés à plusieurs milliers de postes d’ici 2030. Les formations dédiées, notamment à l’Institut de Formation aux Énergies Renouvelables (IFER), affichent complet plusieurs mois à l’avance.

Installateur solaire photovoltaïque — Métier accessible après un CAP ou un Bac Pro, la certification RGE est obligatoire pour intervenir sur les marchés subventionnés. Les besoins sont massifs, notamment dans le sud-est de la France, en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine.

Monteur-câbleur de lignes HT/BT — Avec le développement des ENR décentralisées, les besoins en raccordement au réseau électrique explosent. Les entreprises spécialisées peinent à recruter, malgré des rémunérations élevées.

Ingénieur projet ENR — Formation Bac+5 (école d’ingénieurs ou master spécialisé), ce profil conçoit et pilote des projets d’envergure : parc éolien, centrale solaire, unité de méthanisation. Les grandes entreprises (EDF Renouvelables, Engie Green, Total Energies, Voltalia) recrutent massivement ces profils.

Chargé d’affaires ENR — Interface entre les bureaux d’études, les maîtres d’ouvrage et les collectivités, il pilote les projets depuis l’étude de faisabilité jusqu’à la mise en service. Formation Bac+3 à Bac+5.

Technicien géothermie et pompes à chaleur — Profil polyvalent thermique-frigorifique-électricité, il est extrêmement recherché. Les entreprises proposent des parcours de formation interne pour des chauffagistes expérimentés qui souhaitent se reconvertir.

Opérateur d’unité de méthanisation — Métier émergent, souvent issu du monde agricole ou de la chimie, il pilote les procédés biologiques de production de biogaz.

Les formations et reconversions possibles

Le secteur des ENR est particulièrement accessible aux personnes en reconversion professionnelle. De nombreuses formations courtes et certifiantes permettent d’acquérir les compétences nécessaires en quelques mois, souvent financées par le CPF ou les dispositifs de Pôle Emploi.

Formations initiales — CAP Installateur thermique, Bac Pro TISEC (Technicien d’installation des systèmes énergétiques et climatiques), BTS Fluides Énergies Domotique, Licence Professionnelle Énergies Renouvelables, Master Énergies Nouvelles. Des dizaines d’établissements proposent ces formations à travers le territoire, notamment dans les Campus des Métiers et Qualifications dédiés à la transition énergétique.

Certifications professionnelles — Qualibat RGE (Reconnu Garant de l’Environnement), Qualit’EnR QualiPV (solaire photovoltaïque), QualiSol (solaire thermique), QualiBois (chauffage bois), QualiPAC (pompes à chaleur), QualiForage (géothermie). Ces certifications sont devenues incontournables pour accéder aux marchés subventionnés par l’État.

Formations courtes finançables par CPF — Installateur solaire photovoltaïque (3 à 6 mois), Technicien de maintenance éolien (6 mois), Chef de chantier ENR (1 à 3 mois). Le CPF peut financer intégralement ces parcours, avec des compléments possibles via Pôle Emploi.

Reconversions validées par France Compétences — France Compétences a agréé plusieurs parcours de reconversion vers les ENR, accessibles via le dispositif Pro-A ou le Projet de Transition Professionnelle. Les électriciens, plombiers-chauffagistes, couvreurs et techniciens industriels sont particulièrement bien positionnés pour ces reconversions.

Pour approfondir les parcours accessibles, consultez notre guide complet sur la formation professionnelle aux métiers de la transition, qui détaille les dispositifs et les organismes reconnus.

L’impact sur les territoires ruraux

L’un des apports majeurs des énergies renouvelables est leur capacité à redynamiser les territoires ruraux. Contrairement au nucléaire ou aux énergies fossiles, dont la production est concentrée sur quelques sites industriels, les ENR sont décentralisées par nature : un parc éolien s’installe en milieu rural, une centrale solaire sur des terrains délaissés, une unité de méthanisation dans une zone agricole.

Cette décentralisation génère plusieurs effets positifs pour les territoires :

Retombées fiscales locales — Les parcs éoliens et solaires versent des taxes aux communes et intercommunalités : IFER (Imposition Forfaitaire sur les Entreprises de Réseau), taxe foncière, redevances d’occupation du domaine public. Pour une commune rurale, un parc éolien peut générer plusieurs centaines de milliers d’euros de recettes annuelles.

Revenus pour les propriétaires fonciers — Les agriculteurs et propriétaires privés qui louent leurs terrains à des opérateurs ENR perçoivent des revenus complémentaires stables sur 20 à 30 ans, souvent décisifs dans des zones où les revenus agricoles sont fragiles.

Emplois locaux durables — Les emplois de maintenance, d’exploitation, de surveillance des sites ENR sont locaux et non délocalisables. Une centrale solaire de taille moyenne génère 1 à 2 emplois directs permanents et plusieurs dizaines d’emplois pendant la phase de construction.

Dynamique territoriale — Les projets ENR entraînent souvent des chantiers de rénovation énergétique, la création de circuits courts de distribution d’énergie (autoconsommation collective) et des initiatives de sensibilisation qui redynamisent la vie locale.

Des territoires pionniers comme les Côtes-d’Armor, la Creuse, la Meuse ou le Jura ont misé sur les ENR pour sortir de la spirale de la désertification rurale. Les résultats sont souvent concluants, à condition que les projets soient conduits en concertation étroite avec les habitants.

Parc eolien en territoire rural

Les emplois indirects et induits

Au-delà des 166 000 emplois directs, les énergies renouvelables génèrent un volume considérable d’emplois indirects et induits. Les emplois indirects concernent les fournisseurs de biens et services du secteur : fabricants de composants, logisticiens, cabinets d’ingénierie, bureaux d’études, notaires spécialisés, juristes. Les emplois induits résultent de la dépense des salaires versés par le secteur : commerces, services, immobilier, restauration.

Selon une étude de l’ADEME, le ratio emplois indirects + induits / emplois directs est d’environ 1,5 à 2 dans les ENR. Cela signifie qu’à chaque emploi direct dans les ENR correspondent 1,5 à 2 emplois supplémentaires dans le reste de l’économie. En appliquant ce ratio, le poids réel des ENR dans l’emploi français dépasse les 400 000 postes en équivalent temps plein.

L’impact est particulièrement marqué dans les régions où les ENR sont en plein développement : Hauts-de-France (éolien), Nouvelle-Aquitaine (solaire), Grand Est (éolien et biomasse), Bretagne (éolien offshore, biomasse). Les chaînes de sous-traitance locales bénéficient directement de ces investissements, renforçant le tissu économique régional.

Les freins au developpement du secteur

Malgré cette dynamique, plusieurs freins continuent de peser sur le développement des énergies renouvelables en France, et donc sur l’emploi qu’elles génèrent. Les ignorer serait faire preuve d’angélisme.

Les procédures administratives — Le délai moyen pour autoriser un parc éolien en France est de 7 à 10 ans, contre 3 à 5 ans en Allemagne. Les contentieux administratifs, les recours, les études environnementales multiples ralentissent considérablement les projets. La loi d’accélération des ENR de 2023 a tenté de simplifier ces procédures, avec des effets encore à évaluer.

L’acceptabilité sociale — Les oppositions locales aux parcs éoliens et aux grandes centrales solaires sont fréquentes. Elles traduisent parfois de véritables problèmes (paysages, biodiversité, partage des bénéfices) mais aussi parfois une mauvaise information ou une mauvaise concertation préalable. Les projets citoyens (Énergies Partagées, Enercoop) offrent une alternative prometteuse pour impliquer réellement les habitants.

La tension sur les matières premières — Les ENR nécessitent des métaux stratégiques (cuivre, lithium, terres rares, silicium, cobalt) dont les chaînes d’approvisionnement sont tendues et souvent localisées dans des pays à risques géopolitiques. Cette dépendance constitue un défi majeur pour la souveraineté énergétique.

Le manque de main-d’œuvre qualifiée — Paradoxe apparent : alors que le secteur crée massivement des emplois, il peine à les pourvoir faute de profils formés. Cette tension ralentit les projets et augmente les coûts. L’effort de formation doit être massivement amplifié pour suivre la cadence des déploiements.

Conclusion

Les énergies renouvelables sont l’une des grandes réussites économiques et sociales de la transition écologique française. Avec 166 000 emplois directs en 2024, et un potentiel estimé à plus de 300 000 emplois d’ici 2030, le secteur est devenu un pilier majeur de l’économie nationale et un formidable levier de revitalisation des territoires ruraux. Éolien, solaire, biomasse, pompes à chaleur, biogaz : toutes les filières sont en dynamique, avec des besoins en compétences qui explosent.

Pour accompagner cette dynamique, trois chantiers sont prioritaires. Il faut d’abord accélérer et simplifier les procédures d’autorisation, sans sacrifier la qualité des études environnementales. Il faut ensuite amplifier massivement l’effort de formation, en mobilisant CPF, Pro-A, Transitions Collectives et formations initiales. Il faut enfin renforcer l’acceptabilité sociale des projets en privilégiant les modèles participatifs, citoyens et coopératifs, qui associent réellement les habitants aux retombées économiques.

Pour qui souhaite aujourd’hui orienter sa carrière vers un secteur porteur, utile et ancré dans les territoires, les énergies renouvelables offrent des opportunités sans équivalent. Du technicien d’installation au chef de projet, en passant par le commercial ou l’ingénieur, chaque profil y trouve sa place. Et derrière chacun de ces emplois, c’est une brique supplémentaire de la transition écologique qui se met en place, concrètement, jour après jour.

Questions frequentes

Selon l'Observatoire des énergies renouvelables, le secteur regroupe plus de 166 000 emplois directs en France en 2024, principalement dans l'éolien, le solaire photovoltaïque, la biomasse, l'hydraulique et les pompes à chaleur.

Les installateurs solaires et éoliens, les techniciens de maintenance, les ingénieurs projet, les monteurs de lignes, les opérateurs de centrales biomasse et les électriciens spécialisés sont les profils les plus recherchés en 2025-2026.

Pas nécessairement. Certains postes sont accessibles après un CAP ou un Bac Pro. Les fonctions d'ingénierie et de conduite de projet requièrent des formations Bac+2 à Bac+5, mais de nombreux parcours de reconversion sont possibles via le CPF ou Pôle Emploi.

Les énergies renouvelables génèrent des revenus locaux (location de terrains, taxes, redevances), créent des emplois non délocalisables, redynamisent des zones rurales et offrent aux collectivités des ressources pour leurs projets de transition.

Selon l'ADEME et le scénario Négawatt, les ENR doivent être combinées à des efforts massifs de sobriété et d'efficacité énergétique. Elles sont indispensables mais insuffisantes si la consommation globale n'est pas réduite.