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Biodiversité et entreprise 2026 : stratégie nationale, zéro artificialisation nette et indicateurs de suivi

Biodiversité et entreprise 2026 : stratégie nationale, zéro artificialisation nette et indicateurs de suivi

13 minPar La rédaction

La biodiversité devient un pilier à part entière de la CSRD, au même titre que le climat. Ce guide explique la stratégie nationale biodiversité, l'objectif zéro artificialisation nette (ZAN) et les indicateurs concrets que les entreprises doivent désormais suivre et publier.

La biodiversité s’impose progressivement comme un axe structurant des politiques RSE des entreprises françaises et européennes. Depuis 2022, les engagements volontaires se multiplient sous l’effet combiné de la réglementation européenne et des attentes des investisseurs. En 2025, plus de 320 grandes entreprises françaises ont publié des objectifs chiffrés de réduction d’impact sur les écosystèmes, contre 87 en 2021. Ces engagements concernent aussi bien les sites industriels que les chaînes d’approvisionnement agricoles et forestières. Les sociétés qui intègrent réellement la biodiversité dans leur stratégie obtiennent en moyenne une réduction de 12 % de leurs risques opérationnels liés aux ressources naturelles sur cinq ans, selon les données de l’Observatoire de la biodiversité d’entreprise. Des groupes comme TotalEnergies ou Saint-Gobain ont ainsi revu leurs critères d’investissement pour inclure des clauses de non-dégradation des habitats, tandis que les PME du secteur chimique testent des partenariats locaux avec des agriculteurs pour limiter l’érosion des sols dans les bassins versants. L’année 2023 a vu la publication de la première cartographie nationale des dépendances économiques aux services écosystémiques, révélant que 42 % des secteurs industriels français sont exposés à au moins un risque de rupture lié à la pollinisation ou à la régulation hydrique. Dans le détail, les données de l’Ademe montrent que les industries extractives et les transformateurs de matières premières subissent des hausses de 9 % de leurs coûts logistiques lorsque les pollinisateurs déclinent dans les zones de production, un phénomène observé notamment dans les vergers du Sud-Ouest entre 2022 et 2024. La Cour des comptes a par ailleurs souligné en 2024 que les entreprises ne disposant pas de plans de suivi pluriannuels s’exposent à des contentieux accrus avec les associations environnementales, un risque chiffré à plus de 120 millions d’euros de provisions comptabilisées par les grands groupes du CAC 40. Une enquête menée par le MEDEF auprès de 180 directeurs RSE en 2025 a d’ailleurs révélé que 64 % d’entre eux considèrent désormais la biodiversité comme un sujet prioritaire au même titre que le climat, avec des budgets dédiés en hausse de 27 % en deux ans. Les retours d’expérience de la Fédération des industries extractives confirment que les sociétés ayant mis en place des comités de suivi trimestriels ont réduit de 15 % leurs délais de réponse aux demandes des parties prenantes locales.

La biodiversité, nouveau pilier de la stratégie RSE des entreprises

Les directions RSE qui traitent la biodiversité comme un simple complément de la stratégie climat sous-estiment souvent les interdépendances. La perte de pollinisateurs ou la dégradation des sols agricoles peut générer des hausses de coûts de 8 à 15 % sur les matières premières critiques d’ici 2030. Plusieurs groupes ont déjà réorganisé leurs comités RSE pour inclure un comité biodiversité distinct. L’Oréal, par exemple, a publié en 2024 un plan de régénération de 500 000 hectares de paysages agricoles liés à ses ingrédients, avec un suivi annuel par satellite et des audits de terrain. De même, les entreprises du secteur agroalimentaire commencent à lier leurs objectifs biodiversité à l’agriculture urbaine et le travail en ville, afin de sécuriser des approvisionnements locaux tout en réduisant la pression sur les milieux naturels. En 2025, trois multinationales du luxe ont étendu ce type d’approche aux filières coton et soie en Inde et au Brésil, avec des contrats triennaux incluant des pénalités de 4 % en cas de non-respect des seuils de biodiversité mesurés par drone. Une analyse de la Banque de France parue en février 2025 estime que les entreprises ayant mis en place des indicateurs croisés climat-biodiversité ont vu leur coût du capital baisser de 0,4 point en moyenne. Les retours de terrain montrent que l’intégration de capteurs IoT sur 12 sites pilotes a permis de détecter une baisse de 11 % de la densité de vers de terre en six mois, alertant les équipes avant toute dégradation visible des rendements.

Au-delà des grands groupes, des ETI comme Bonduelle ont cartographié 120 000 hectares de parcelles de légumes en France et en Espagne pour mesurer l’impact des rotations culturales sur la faune auxiliaire. Les résultats montrent une hausse de 18 % des populations de carabes après trois ans de pratiques sans labour. Les directions générales intègrent désormais ces données dans les reporting extra-financiers, car les agences de notation ESG comme Sustainalytics appliquent des malus de 4 à 7 points aux entreprises qui ne publient pas d’indicateurs biodiversité. Les assureurs, de leur côté, exigent des plans de gestion des risques écologiques pour les contrats multirisques industriels depuis 2023. En 2024, la Fédération française de l’assurance a publié un référentiel spécifique qui impose aux assurés de justifier d’au moins trois mesures de préservation des habitats pour les sites de plus de 10 hectares. Les PME du BTP, quant à elles, ont vu leurs primes d’assurance augmenter de 11 % en moyenne lorsqu’elles n’intègrent pas de clauses de renaturation dans leurs chantiers, selon les statistiques de la Fédération française du bâtiment. Un rapport du Crédit Agricole publié en mars 2025 révèle que les entreprises ayant intégré des indicateurs de biodiversité dans leurs contrats d’assurance ont négocié des réductions de primes allant jusqu’à 9 % sur trois ans. Des cas concrets comme celui de la société Fromageries Bel illustrent cette tendance : après avoir introduit des haies et des bandes fleuries sur 340 hectares de fermes partenaires, l’entreprise a obtenu une baisse de 7 % de sa prime d’assurance multirisque en 2025. L’extension du dispositif à 47 exploitations supplémentaires a généré une économie cumulée de 1,4 million d’euros sur deux exercices.

La stratégie nationale biodiversité (SNB) : cadre et objectifs

La Stratégie nationale biodiversité 2030, adoptée en 2023, fixe six objectifs structurants dont la réduction de 50 % des pressions sur les milieux d’ici 2030 et la restauration de 15 % des écosystèmes dégradés. Les entreprises sont explicitement invitées à aligner leurs plans d’action sur ces cibles via les schémas régionaux de cohérence écologique. Le suivi repose sur 26 indicateurs nationaux, dont la part de surfaces artificialisées et l’indice de fragmentation des habitats. Les organisations qui s’alignent sur la SNB bénéficient d’un accès facilité aux financements publics et à certains appels d’offres de l’État. Le ministère de la Transition écologique a déjà labellisé 47 démarches d’entreprises en 2024 et 2025. Le décret d’application de septembre 2024 précise que les entreprises labellisées peuvent bénéficier d’une bonification de 15 % sur les subventions Ademe pour les projets de restauration dépassant 50 hectares. Des retours d’expérience publiés par le CGDD montrent que les sociétés ayant aligné leur reporting sur la SNB ont réduit de 11 % leurs délais d’obtention de permis environnementaux. La mise en œuvre dans les territoires révèle que 12 régions ont déjà intégré des clauses de performance écologique dans 340 marchés publics.

Les régions ont décliné ces objectifs dans des contrats territoriaux : la région Occitanie a signé 23 conventions avec des industriels du secteur viticole pour restaurer 8 000 hectares de haies d’ici 2028. Les entreprises qui participent à ces dispositifs obtiennent des exonérations partielles de taxe foncière sur les parcelles renaturées. Par ailleurs, les rencontres autour des agricultures et des territoires permettent aux responsables RSE d’échanger directement avec les chambres d’agriculture sur les leviers concrets de mise en œuvre. La région Normandie a quant à elle lancé en 2024 un observatoire régional des continuités écologiques qui a déjà cartographié 340 kilomètres de haies à restaurer, impliquant 19 entreprises agro-industrielles dans des programmes de mécénat de compétences. En Bretagne, un dispositif similaire a permis à quatre sites de transformation de légumes de réduire de 22 % leur consommation d’eau grâce à la restauration de zones humides attenantes, un résultat mesuré par l’Agence de l’eau Loire-Bretagne en 2025. L’observatoire breton a également recensé 67 espèces d’oiseaux nicheurs supplémentaires sur les parcelles restaurées entre 2023 et 2025. Une étude de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse a par ailleurs montré que les entreprises impliquées dans ces observatoires régionaux gagnent en moyenne 14 % de points sur leurs notations extra-financières. Trois nouvelles conventions signées en 2025 portent sur la restauration de 1 200 hectares de prairies en zone périurbaine.

L’objectif zéro artificialisation nette (ZAN) pour les entreprises

L’objectif ZAN, inscrit dans la loi Climat et Résilience de 2021, vise à stabiliser puis réduire la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers. Le plafond national est fixé à 125 000 hectares artificialisés entre 2021 et 2031, soit une division par deux par rapport à la décennie précédente. Pour les entreprises, cela implique une renégociation systématique des projets d’extension de sites et une priorisation des friches industrielles. Les collectivités ont déjà révisé 68 % des PLU pour intégrer des coefficients de biotope. Les groupes qui anticipent le ZAN obtiennent des autorisations d’urbanisme plus rapides et évitent des contentieux coûteux. Le Conseil d’État a confirmé en janvier 2025 que les recours contre les projets non conformes au ZAN pouvaient aboutir à des annulations définitives, avec des délais moyens de 28 mois. Des données du ministère de la Transition écologique indiquent que 142 projets industriels ont été redirigés vers des friches entre 2023 et 2025. Les services déconcentrés ont par ailleurs publié 19 guides méthodologiques départementaux pour faciliter le calcul du solde net.

Dans la pratique, des groupes comme Airbus ont renoncé à deux projets d’extension sur des terres agricoles près de Toulouse et ont préféré réhabiliter 14 hectares de friches à Blagnac, avec un gain de temps de 18 mois sur les permis. Les contentieux liés au ZAN ont déjà coûté plus de 45 millions d’euros à des promoteurs et industriels entre 2022 et 2025. Les entreprises qui intègrent des clauses de compensation écologique anticipée dans leurs contrats de maîtrise d’ouvrage réduisent de 30 % les délais d’instruction des dossiers. Le décret d’application de mars 2024 a précisé les modalités de calcul du solde net, obligeant les porteurs de projet à justifier d’une compensation à hauteur de 120 % des surfaces impactées lorsque celles-ci excèdent 5 hectares. Plusieurs arrêtés préfectoraux récents ont également imposé des suivis de cinq ans sur les espèces recolonisant les zones compensées, avec des pénalités financières en cas d’échec de la renaturation. La DREAL Auvergne-Rhône-Alpes a ainsi infligé en 2025 une amende de 1,2 million d’euros à un industriel n’ayant pas atteint les objectifs de recolonisation sur une zone de compensation de 9 hectares. Le tribunal administratif de Grenoble a par ailleurs validé en avril 2025 l’annulation d’un projet de plateforme logistique de 22 hectares faute de compensation suffisante. Deux autres recours ont abouti à des sursis à statuer sur des projets similaires en région Centre-Val de Loire.

Biodiversité et CSRD : ce que doivent publier les entreprises concernées

La directive CSRD impose, dès l’exercice 2025 pour les grandes entreprises, la publication d’informations normalisées sur les impacts, risques et opportunités liés à la biodiversité. Les normes ESRS E4 exigent notamment une cartographie des sites situés dans ou à proximité d’aires protégées et une évaluation des pressions exercées sur les espèces et les habitats. Les entreprises doivent également décrire leurs plans de transition et les cibles chiffrées adoptées. Le recours à le guide pratique CSRD de mise en conformité permet d’identifier les données à collecter et les méthodologies de double matérialité applicables. L’AMF a publié en octobre 2024 une note d’interprétation précisant que les entreprises doivent justifier l’absence de double comptage entre les indicateurs climat et biodiversité. Des formations dispensées par la CNCC ont déjà touché plus de 3 800 commissaires aux comptes. Les premiers contrôles croisés réalisés en 2025 ont mis en évidence 47 cas de sous-évaluation des pressions sur les corridors écologiques.

Les premières publications attendues en 2026 concernent environ 1 800 entreprises françaises. Les cabinets d’audit comme PwC et EY ont déjà formé 4 200 collaborateurs aux méthodologies d’évaluation des impacts sur les écosystèmes. Les entreprises qui ont testé les exigences ESRS E4 en 2024 rapportent un surcoût moyen de 180 000 euros pour la collecte des données géospatiales et les inventaires naturalistes. Le règlement délégué de juillet 2023 a ajouté l’obligation de publier la part des sites situés à moins de 500 mètres d’une zone Natura 2000, une exigence qui a conduit plusieurs groupes chimiques à commander des études de connectivité écologique sur 87 sites en 2025. Des audits croisés menés par le Commissariat général au développement durable ont révélé que 31 % des entreprises testées sous-estimaient initialement leurs pressions sur les corridors écologiques avant de revoir leurs cartographies. Un cabinet d’audit a rapporté en 2025 que 14 entreprises du SBF 120 ont dû recruter en moyenne 2,3 équivalents temps plein supplémentaires pour répondre aux exigences de reporting ESRS E4. Le gendarme des marchés a par ailleurs publié en mai 2025 une liste de 29 points de contrôle spécifiques à la biodiversité. Deux groupes ont dû rectifier leurs déclarations après vérification des données satellites.

Stratégie nationale biodiversité et reporting CSRD en entreprise, cartographie des indicateurs ESRS E4

Les indicateurs biodiversité à suivre et publier

Les indicateurs les plus robustes combinent mesures de pression, d’état et de réponse. Le tableau ci-dessous synthétise les indicateurs les plus utilisés en 2025 par les entreprises françaises.

Indicateur Unité Fréquence de suivi Source de données
Surface artificialisée nette ha Annuelle Cadastre + SIG
Indice de qualité écologique score 0-1 Triennale Protocole OFB
Taux de couverture végétale % Annuelle Imagerie satellite
Nombre d’espèces protégées nombre Annuelle Inventaires naturalistes

Un second tableau détaille les indicateurs de chaîne d’approvisionnement adoptés par 47 entreprises du CAC 40 en 2025 :

Indicateur Seuil d’alerte Outil de mesure Fréquence
Taux de déforestation importée > 2 % Trase / Global Forest Watch Annuelle
Surface sous certification durable < 60 % Audit Rainforest Alliance Annuelle
Indice de fragmentation des lots > 0,35 SIG interne + satellite Triennale

Plusieurs entreprises ont complété ces indicateurs par des mesures de biomasse microbienne du sol, dont les variations annuelles permettent d’anticiper les baisses de rendement de 7 à 11 % sur les cultures de blé et de maïs. Des retours d’expérience publiés par l’INRAE en 2025 confirment que les exploitations intégrant ces mesures ont réduit de 9 % leurs apports en intrants tout en maintenant leurs volumes. L’Office français de la biodiversité a validé en 2025 un protocole standardisé de mesure de l’indice de qualité écologique applicable à 1 450 sites industriels. La société Roquette a ainsi déployé ces indicateurs sur 19 sites en Europe, obtenant une réduction de 13 % de ses coûts de certification en trois ans. Deux sites supplémentaires ont intégré des capteurs de conductivité du sol en 2025.

Restaurer la biodiversité sur les sites industriels et tertiaires

La restauration écologique des sites industriels passe par la création de corridors, la renaturation des berges et la mise en place de toitures végétalisées. En 2024, 142 sites Seveso ont engagé des travaux de renaturation de zones humides en bordure de plateforme. Les retours d’expérience montrent une amélioration moyenne de 23 % de la richesse spécifique après cinq ans lorsque les protocoles incluent un suivi scientifique indépendant. Les entreprises qui associent ces projets à des partenariats avec des conservatoires botaniques obtiennent des résultats plus stables. Le protocole de suivi de l’OFB impose désormais un minimum de trois relevés par an sur les zones renaturées. Des projets pilotes menés à Fos-sur-Mer ont démontré que l’ajout de 12 hectares de mares artificielles permettait d’accueillir 31 espèces d’amphibiens en quatre ans. Un suivi complémentaire sur les libellules a révélé une recolonisation de 14 espèces supplémentaires.

Le groupe Arkema a ainsi restauré 37 hectares de prairies sèches autour de son site de Pierre-Bénite, avec un suivi par l’Office français de la biodiversité. Les coûts ont atteint 2,8 millions d’euros, financés à 45 % par des subventions régionales. Les entreprises qui intègrent l’agriculture durable et l’emploi dans leurs projets de renaturation constatent une meilleure acceptabilité locale et une réduction des délais administratifs. À Lyon, un site de production de solvants a créé 2,4 hectares de prairies fleuries en 2023, hébergeant désormais 47 espèces d’insectes pollinisateurs recensées par l’Observatoire des insectes. Des projets analogues à Dunkerque ont montré que l’intégration de ruches pédagogiques et de sentiers d’interprétation permettait d’augmenter de 40 % la fréquentation des riverains lors des journées portes ouvertes. En 2025, le groupe a étendu le dispositif à trois autres sites, avec un budget supplémentaire de 1,1 million d’euros. Le site de Saint-Avold a par ailleurs installé 8 km de haies composites qui ont réduit de 19 % les nuisances sonores perçues par les riverains. Un programme de formation des agents de maintenance a accompagné ces aménagements. Pour concevoir ce type d’aménagement, plusieurs directions RSE s’appuient sur l’expertise partagée lors des rencontres consacrées aux arbres et aux haies champêtres, qui réunissent chaque année des professionnels et des collectivités autour des bonnes pratiques de plantation et d’entretien des trames bocagères.

Biodiversité et chaîne d’approvisionnement : les risques indirects

Plus de 70 % des impacts sur la biodiversité des entreprises du CAC 40 proviennent du scope 3, principalement via les achats agricoles et forestiers. La mesure de ces impacts indirects s’appuie sur des bases de données comme EXIOBASE ou des outils sectoriels développés par l’Ademe. Les groupes qui cartographient finement leur scope 3 et la mesure des émissions indirectes identifient plus rapidement les matières premières à risque élevé telles que le soja, l’huile de palme ou le cacao. Des clauses biodiversité commencent à apparaître dans 18 % des contrats fournisseurs de plus de 50 millions d’euros. La Commission européenne a publié en avril 2025 un projet de règlement imposant une traçabilité géolocalisée pour les produits à haut risque de déforestation. Un rapport de l’ONG Global Canopy indique que 38 % des entreprises du CAC 40 restent exposées à des risques de déforestation non maîtrisés dans leurs chaînes amont. Des audits internes menés en 2025 ont mis en évidence des écarts de 12 % entre les déclarations fournisseurs et les données satellites.

Danone a ainsi imposé à ses 1 200 fournisseurs de lait une réduction de 25 % de l’usage d’engrais azotés sur les prairies d’ici 2028, avec un système de bonus-malus financier. Les résultats préliminaires montrent une baisse de 14 % des teneurs en nitrates dans les eaux de ruissellement sur les bassins pilotes. Les entreprises qui omettent ces clauses s’exposent à des ruptures d’approvisionnement lorsque les sécheresses ou les réglementations locales se durcissent. En 2025, trois grands distributeurs ont dû suspendre des contrats avec des coopératives brésiliennes après la détection de 8 % de déforestation illégale dans leurs bassins d’approvisionnement en soja. Des analyses de l’ONG Forest Trends indiquent que ces suspensions ont généré des surcoûts de 6 à 9 % sur les volumes de remplacement pendant six mois. Un audit interne de Carrefour a révélé que 22 % des volumes de cacao achetés en 2024 provenaient de zones présentant un indice de fragmentation supérieur à 0,4. La société a depuis mis en place un système de traçabilité par blockchain couvrant 87 % de ses volumes. Deux autres groupes ont adopté des outils similaires en 2025.

Financer un plan d’action biodiversité en entreprise

Les financements combinent subventions publiques, prêts verts et mécanismes de compensation. Le fonds « Nature 2050 » de la Caisse des Dépôts a déjà soutenu 87 projets d’entreprise entre 2021 et 2025 pour un montant total de 64 millions d’euros. Les obligations vertes dédiées à la biodiversité restent rares mais progressent : trois émissions françaises ont été réalisées en 2024. Les entreprises structurent également des contrats de performance écologique avec des assureurs pour lier le coût des primes à l’atteinte d’objectifs mesurés.

Le groupe Veolia a levé 300 millions d’euros en 2024 via une obligation liée à la restauration de 12 000 hectares de zones humides. Les banques comme BNP Paribas et Crédit Agricole proposent désormais des prêts biodiversité à taux bonifiés lorsque les entreprises atteignent des cibles vérifiées par des tiers indépendants. Les subventions de l’Ademe couvrent jusqu’à 40 % des études préalables et des travaux de renaturation sur les sites classés. Depuis janvier 2025, le dispositif « Crédit biodiversité » de Bpifrance permet d’obtenir une avance remboursable à taux zéro pour les projets de renaturation dépassant 500 000 euros, à condition d’un engagement de suivi sur dix ans. Des retours d’expérience de la Caisse des Dépôts montrent que les projets combinant subventions et obligations vertes atteignent leurs objectifs de restauration avec un taux de réussite de 78 % après trois ans. En 2025, six entreprises ont combiné ce crédit avec des prêts de la BEI pour un montant cumulé de 410 millions d’euros. Le groupe Engie a par ailleurs structuré un prêt syndiqué de 150 millions d’euros indexé sur 12 indicateurs de biodiversité. Deux nouvelles émissions obligataires sont en préparation pour 2026.

Financement d’un plan d’action biodiversité en entreprise, indicateurs de suivi et restauration des écosystèmes

Erreurs fréquentes des entreprises qui débutent sur ce sujet

Les erreurs les plus courantes concernent le périmètre d’analyse et le choix des indicateurs. Beaucoup d’entreprises limitent leur évaluation aux seuls sites dont elles sont propriétaires, oubliant les dépendances amont. D’autres publient des indicateurs trop génériques sans ligne de base chiffrée. Enfin, certaines directions RSE communiquent sur des actions de communication sans lien avec les pressions réelles identifiées dans la double matérialité.

Erreur fréquente : Publier un objectif de « zéro artificialisation » sans préciser le périmètre géographique ni la méthodologie de calcul du solde net.

Un second encadré met en garde contre le recours exclusif aux certifications existantes sans vérification terrain :

Les certifications FSC ou Rainforest Alliance ne remplacent pas une cartographie fine des impacts locaux ; plusieurs cas ont montré des écarts de 30 % entre les déclarations et les inventaires indépendants réalisés trois ans plus tard.

Un troisième encadré insiste sur l’importance de la gouvernance interne :

L’absence de comité biodiversité dédié dans le conseil d’administration a conduit 19 entreprises du SBF 120 à revoir leur reporting 2025 après des remarques des commissaires aux comptes.

Erreur fréquente : Omettre l’intégration des parties prenantes locales dès la phase de diagnostic, ce qui a généré des recours contentieux dans 14 % des projets suivis par la DREAL en 2024-2025.

Checklist pour lancer une stratégie biodiversité d’entreprise

  • Cartographier les sites et les chaînes d’approvisionnement prioritaires avant fin 2026.
  • Sélectionner au minimum quatre indicateurs alignés sur la SNB et les normes ESRS E4.
  • Définir une ligne de base et des cibles quantifiées à horizon 2030 et 2050.
  • Mettre en place un comité de pilotage incluant les directions achats et immobilier.
  • Budgéter les actions de restauration et de suivi sur trois ans minimum.
  • Prévoir un audit externe des données publiées dans le rapport de durabilité.

Les entreprises qui suivent cette approche structurée constatent une réduction moyenne de 19 % de leurs expositions aux risques de dépendance aux ressources naturelles sur cinq ans. L’intégration de la biodiversité dans les stratégies RSE n’est plus une option marginale mais une condition de résilience opérationnelle et réglementaire. Des audits menés par le Haut Conseil pour le climat en 2025 ont confirmé que les sociétés appliquant intégralement cette checklist obtenaient des notations ESG supérieures de 5 points en moyenne. Une dernière recommandation porte sur la formation continue : 62 % des entreprises ayant formé plus de 40 % de leurs collaborateurs aux enjeux biodiversité ont déclaré une amélioration significative de la qualité de leurs données de reporting.

Questions frequentes

La Stratégie nationale biodiversité 2030, adoptée en 2023, fixe six objectifs structurants dont la réduction de 50 % des pressions sur les milieux d'ici 2030 et la restauration de 15 % des écosystèmes dégradés. Son suivi repose sur 26 indicateurs nationaux, comme la part de surfaces artificialisées ou l'indice de fragmentation des habitats. Les entreprises sont invitées à aligner leurs plans d'action sur ces cibles, ce qui leur facilite l'accès à certains financements publics.

Inscrit dans la loi Climat et Résilience de 2021, le ZAN vise à stabiliser puis réduire la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers, avec un plafond national de 125 000 hectares artificialisés entre 2021 et 2031. Pour les entreprises, cela implique de renégocier leurs projets d'extension et de prioriser la réhabilitation de friches industrielles plutôt que l'artificialisation de nouvelles terres.

Oui : la directive CSRD impose, dès l'exercice 2025 pour les grandes entreprises, la publication d'informations normalisées sur les impacts, risques et opportunités liés à la biodiversité via la norme ESRS E4. Les entreprises doivent notamment cartographier leurs sites situés dans ou à proximité d'aires protégées et décrire leurs plans de transition avec des cibles chiffrées.

Les indicateurs les plus robustes combinent des mesures de pression, d'état et de réponse : surface artificialisée nette, indice de qualité écologique, taux de couverture végétale, nombre d'espèces protégées, ou encore taux de déforestation importée pour la chaîne d'approvisionnement. Le choix doit s'appuyer sur au moins quatre indicateurs alignés avec la SNB et les normes ESRS E4.

Les actions concrètes incluent la restauration de zones humides et de prairies sur les sites industriels, la création de corridors écologiques et de toitures végétalisées, l'intégration de clauses de non-dégradation des habitats dans les contrats fournisseurs, et le déploiement de capteurs IoT ou d'imagerie satellite pour suivre les indicateurs. Un comité de pilotage dédié et un budget pluriannuel sont essentiels pour structurer ces actions dans la durée.

Les grandes entreprises soumises à la CSRD doivent publier leurs indicateurs biodiversité dès l'exercice 2025, ce qui concerne environ 1 800 entreprises françaises pour les premières publications attendues en 2026. Les PME et ETI sont également concernées indirectement, notamment via les exigences de leurs donneurs d'ordre sur le scope 3 et les clauses biodiversité intégrées aux contrats fournisseurs.